A propos de Patrick Outil

 

Sans cesse en recherche de la vérité et non de la réalité, sa peinture semble être fictive et chacun peut peut-être y apercevoir ce qu'il veut de l'œuvre picturale en question. Et pourtant, à l'intérieur de sa peinture, au très profond de l'inconscient qu'elle procure, naît la conscience du peintre.

Cercles concentriques bleu-nuit comme l'océan qui se couche un soir d'hiver vers nos régions boréales bercées de toutes les teintes de rouge, vert, jaune et marrons de la déclinante lumière du coucher d'un soleil pouvant paraître pathétique sur les terres australes de l'horizon, où ce qui ressemble à quelques brins d'herbes viennent se perdre, miroitant encore de rosée, où, encore, on semble voir quelques rayons diurnes qui se meurent sur des terres s'endormant doucement dans un doux clapotis de taches blanches, comme les dernières ondines d'une mer qui elle aussi s'endort.

Et si tout semblait dormir d'abord dans les oeuvres de Patrick Outil, tout un jour s'est ouvert comme le levant sur des terres orientales. Du circulaire bleuté filtre alors une méditation triangulaire où le cercle n'est pas alors plus aussi abstrait. Et si les couleurs ne changent pas, elles apparaissent alors plus vives, comme le réveil de l'enfant prodigue, mais prodigue ici au sens d'éveil et de besoin d'illuminer sa vie d'une lumière qui se dévoile peu à peu jusqu'à atteindre son apogée celle de son soleil levant, celui berçant tous nos rêves de voyages lointains vers l'Orient légendaire. La profondeur de l'œuvre commence à s'élargir vers un lointain qu'on n'aperçoit pourtant pas encore. Même s'il ne s'agit pas ici d'œuvres intellectuelles, l'intellectualisme n'est pas non plus absent de cette œuvre: il cherche toujours en n'omettant jamais ce qu'il a toujours aimé, mais en parallèle, et pourtant il semble qu'on retrouve sans cesse ce qu'il réfléchissait pour son œuvre.

Si un jour il s'est levé là où la cime des cieux est si écourtée, dégradée bleu-nuit, contrastée de toutes les bases de gris, très rapidement cette grisaille s'est tournée vers d'autres cieux, et donc vers d'autres bases de couleurs qui peuplent alors son imaginaire, et où se mêle encore la blancheur étale comme du coton de tisserand s'effilochant vers le lointain dans un ciel bleu, plus claire, comme si la lumière tout à coup lui était apparue, comme s'il s'agissant d'une seconde naissance: celle de son accomplissement.

Et de là apparaît enfin ce qu'il cherchait depuis toujours sans l'apercevoir: de ces formes abstraites, circulaires et triangulaires à la fois, comme la fin d'une trop longue méditation, on peut lire une tache où l'imagination y est fertile: comme si sa vie laissait tomber encore un voile permanent et impermanent à la fois tel un linceul posé là sur sa toile par le plus parfait hasard et qui est pourtant encore une fois sans doute réfléchi.

L'Eau des mers profondes, bleu nuit du tréfonds de son imagination, le Feu d'un soleil jaune et rouge se levant et se couchant en même temps, mais aussi des diverses planètes qui hantent son imaginaire ou encore ses passions brûlantes et débordantes du besoin d'imaginer la fin des temps, la Terre ocre et marron à fois d'un vert toujours présent comme une forme de vie qu'il veut pour chacun de nous sur notre planète mourante, et l'Air de ses enchantements et de ses élévations célestes où l'on ressent une plénitude à enfin l'atteindre. Oui, ces quatre éléments se mêlent et se déchirent encore dans son oeuvre picturale, colorée vivement, comme chaque planète de notre système solaire où comme chaque rayon de soleil qui chatoie sur nos paysages divers et variés; ils sont comme des feux d'artifice qui nous entraînent toujours plus haut vers notre propre devenir.

Hervé Outil

Poète

 




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